CMRI Partie 3 : Réponse du clergé et Conclusion

« Il vaut mieux laisser naître le scandale que de laisser de côté la vérité » - Saint Grégoire le Grand

Bien que n’ayons pas nécessairement prévu que de multiples prêtres de la CMRI répondent à mes articles, je m’en réjouis, car ces réponses ont souligné les problèmes initiaux dont traitaient mes articles ; ils étaient considérés comme une « théorie du complot » par certains mais ne peuvent plus être considérées ainsi à présent, car les prémisses ont été confirmées par la CMRI elle-même.

Le premier article auquel je fais référence peut se trouver ici, et le second ici.

Tandis que je continuerais à m’adresser séparément aux clercs qui ont répondu aux allégations que j’ai partagées les premiers mois de cette année, je souhaiterais récapituler mes allégations et les réponses de la CMRI.

Les allégations de mon premier article sont résumées comme suit :

  • Certains prêtres CMRI disent en effet à leurs fidèles qu’ils peuvent, en bonne conscience, assister à des messes una cum. Comme indiqué dans mes précédents articles, l’assistance aux messes una cum est criblée de problèmes pratiques, et le fait que cela soit toléré de quelque manière que ce soit par une congrégation de prêtres catholiques traditionnels est lamentable et scandaleux. En effet, dire aux fidèles que vous êtes « indécis » sur la matière ou que vous la laissez à leur « discernement prudentiel », c’est en pratique synonyme d’un feu vert pour assister à de telles messes. 
  • La CMRI tranche sur des cas de nullité de mariage sans en avoir le droit d’après la loi de l’Eglise. La CMRI a inventé un terme, le « jugement moral », pour désigner leurs jugements sur les cas de mariages. La CMRI a essayé de dire que ces « jugements moraux » ont eu lieu par le passé, mais pas vraiment dans le présent, mais nous avons appris que dans de multiples paroisses CMRI, des personnes ayant reçu une annulation de mariage de la part des conciliaires ont reçu permission, par ces « jugements moraux », de contracter un nouveau mariage (faisant ainsi de ces « jugements moraux » des annulations de fait), et que dans certains cas, des enfants issus de précédents mariages se présentent à la chapelle, ce qui déroute et scandalise les fidèles. Il est hors de propos de le nier, car ces exemples existent et continuent d’exister.

La réponse de Mgr Mark Pivarunas

La réponse de Mgr Pivarunas est à présent mise en avant sur le site web de la CMRI. Bien que je sois heureux qu’il considère que ces allégations méritent une réponse, j’ai été déçu sur de nombreux points.

Contrairement à sa conviction selon laquelle je suis un laïc « relativement nouveau dans le mouvement catholique traditionaliste », lorsque Mgr Pivarunas m’a présenté à son père en 2013 dans la salle de réception de l’église CMRI d’Omaha, je fréquentais déjà la messe traditionnelle en latin depuis 15 ans. J’ai commencé à l’âge de 17 ans, j’y ai ramené toute ma famille depuis notre milieu conciliaire conservateur, et commencé un cheminement de questions qui m’ont finalement mené au sédévacantisme non una cum. Je ne suis pas né dans la foi catholique traditionnelle, mais je l’ai observée pendant plus de la moitié de ma vie à présent. Quatorze de ces années se sont écoulées dans une collaboration active avec l’abbé Anthony Cekada, dans la production de livres, d’articles et de vidéos. Mais cette inexactitude est de moindre importance ; si cela avait été exact, cela aurait pu avoir une petite utilité en tant que dispositif rhétorique pour remettre en question ma légitimité.

Dans sa tentative de justifier la position de la CMRI sur l’assistance à la messe una cum, Mgr Pivarunas cite un certain nombre de désaccords qui ont eu lieu dans l’histoire de l’Eglise, sans savoir que j’avais anticipé cet argument dans mon tout premier article, allant jusqu’à articuler cela avec ce que je considère comme un désaccord convenable et légitime à propos de l’observance de la Semaine Sainte de Pie XII. Mes articles n’ont jamais porté sur un désaccord légitime, dont n’importe qui ayant la moindre connaissance de l’histoire de l’Eglise pourrait y puiser de nombreux exemples, mais sur un strict minimum fondamental que les catholiques sérieux peuvent et doivent attendre de la part de leur clergé. Mon premier article énonçait ainsi ces attentes de base :

  • Ne pas dire aux gens qu’ils peuvent aller aux messes una cum et
  • Ne pas émettre de jugements sur les nullités de mariage.

Mgr Pivarunas a également mis un lien vers un article d’août 2002 dans lequel il « condamne » l’assistance à la messe una cum, avant de continuer en citant de nombreux exemples de pourquoi cette assistance est possible « si l’on en ressent le besoin ».

Quel a été l’effet de cette position sur les laïcs dépendant de la CMRI, qui ont entendu ce discours déroutant et contradictoire durant les 20 dernières années ? Une réaction à l’attitude de ces laïcs peut se trouver dans une des conditions que l’abbé Cekada avait fixé pour l’évènement annuel du YAG (Young Adult Gathering), récemment redémarré (avec un grand succès) après son apogée dans les années 1980 :

En vous inscrivant à cette activité, vous certifiez que :

  1. Vous ne participerez pas à des messes qui sont offertes « en union avec » François, ou dans lesquelles son nom est inséré dans le canon de la Messe.

L’abbé Cekada savait que des sédévacantistes venant d’autres chapelles se rendraient au YAG (la condition n°1 est d’être sédévacantiste) et il voulait établir un fondement de base pour des mariages fructueux, ce qui inclut des principes cohérents et sains sur la question de l’una cum.

Poser une telle condition n’aurait pas été nécessaire si ces rassemblements étaient limités uniquement aux chapelles SGG/MHT/RCI/IMBC, aucune d’entre elles ayant des prêtres qui laissent entendre la moindre ambiguïté que ce soit concernant l’assistance à la messe una cum. Un tel principe a dû être énoncé à cause de l’opinion au moins ambigüe de la CMRI, qui a conduit à une habitude pratique d’assister aux messes una cum et à une attitude désinvolte sur la question parmi les laïcs.

Concernant ce problème, Mgr Pivarunas se contente de citer extensivement sa lettre de 2002, en ajoutant seulement la phrase suivante en guise de mise à jour, 20 ans après :

Pour être clair, je n’exige pas que les gens assistent à des messes una cum, ni ne défend l’assistance à de telles messes. Ceci est laissé à la prudente discrétion des laïcs.

Est-ce bien le langage de l’Eglise catholique ? Ou celui d’Amoris Laetitia, qui nous exhorte à « éviter des jugements qui ne tiendraient pas compte de la complexité des diverses situations » ? En effet, « qui suis-je pour juger ? » serait un bel enjolivement rhétorique pour la déclaration de Mgr Pivarunas.

Une telle déclaration scandaleuse souligne un autre problème majeur chez la CMRI : le règne des laïcs. Une des manières dont ce règne se manifeste réside dans les fabriques laïques (lay boards) [NdT : un conseil paroissial dans lequel les laïcs gèrent l’organisation du culte], un concept instable, protestant et révolutionnaire dans lequel les brebis disent aux pasteurs ce qu’ils doivent faire. Ces fabriques laïques (de la CMRI ou d’autres groupes) règnent en chassant des prêtres de leurs paroisses, parce que ces prêtres ont eu l’audace de s’exprimer fortement sur la modestie des vêtements, ou encore à l’occasion de certaines affaires incroyables, dans lesquelles ces prêtres courageux ont mis en question la conduite morale et légale de certains dirigeants des fabriques laïques.

Une fabrique laïque pourrait être tolérée pour un certain temps en raison de l’histoire particulière d’une paroisse, mais ensuite une transition doit être faite dans un temps raisonnable vers une manière catholique de gérer une paroisse, de sorte que le conseil de fabrique n’existe plus que comme un vieux souvenir, quelque chose qui a existé à une époque dans laquelle les messes étaient dites dans les garages, et dans laquelle le « sédévacantisme » était un mot que la plupart des gens ne connaissaient même pas.

Quant à la deuxième partie de la lettre, Mgr Pivarunas cite un tweet émanant d’un tiers en disant que je l’avais « commodément ignoré ». Ce tweet n’étant pas originaire d’un compte de Mgr Pivarunas, je m’attendais à une déclaration plus complète de la part de l’évêque lui-même, qui a finalement été publiée, il s’agit du document que je suis en train de commenter. Mgr Pivarunas écrit :

« Lorsque Mgr McKenna a aidé la CMRI dans ces décisions morales, il n’a jamais prétendu posséder une juridiction ordinaire comme l’aurait eue un évêque diocésain, ce qui lui aurait permis de prononcer des annulations de mariage au plein sens du terme. Néanmoins, Mgr McKenna, suivant la position théologique de Mgr Guérard de Laurier (sic), a soutenu que les évêques traditionalistes, malgré leur absence de juridiction, doivent continuer la « missio » de l’Eglise catholique. La « missio » est la mission de l’Eglise catholique pour le salut des âmes.

En se basant sur cette position, Mgr McKenna a aidé la CMRI dans ces décisions sur les mariages. Ce problème concernant l’absence de juridiction ordinaire n’est pas limité uniquement aux annulations de mariage, il est source de questions dans beaucoup d’autres domaines tels que l’absolution d’une excommunication réservée au Saint-Siège, la dispense d’empêchements aux vœux religieux et à l’ordination sacerdotale, etc. »

Malheureusement, Mgr Pivarunas confond ici le pouvoir de sanctifier avec le pouvoir de gouverner l’Eglise.

Pour le dire plus simplement, la seule mission à laquelle le clergé catholique traditionnel peut prétendre est ce qui est permis par l’epikie dans le cadre d’une juridiction de suppléance transitoire, concernant la Messe et les Sacrements.

Les annulations de mariage ne relèvent pas du pouvoir de sanctification, mais du pouvoir de gouvernement. Le clergé catholique traditionnel ne peut pas usurper le pouvoir de gouvernement de l’Eglise en quelque manière que ce soit.

Le mariage, par sa nature même, est relatif à un statut légal. Une fois qu’un mariage est contracté par un acte légal, il ne peut être rompu que par un acte légal. Cela vaudrait même dans le cas où des membres de la rote romaine sauraient de manière privée que ce mariage-là est invalide.

Il pourrait aussi être utile de rappeler que pour un cas dans lequel il existe des preuves documentaires (par exemple un certificat de mariage qui montre qu’une personne est actuellement toujours mariée à une autre personne) il n’y a pas besoin de régler l’affaire devant un tribunal diocésain, étant donné que cette preuve documentaire révèle qu’il est impossible de contracter un nouveau mariage. N’importe que prêtre peut « reconnaître » cette évidence. Ce genre de situation est rarement présentée à nos prêtres.  

Ce qui leur est présenté bien plus souvent, ce sont des cas complexes dans lesquels, par exemple, un parti prétend que l’autre parti « n’a jamais voulu avoir d’enfants ». De tels cas doivent être jugés devant un tribunal, et la CMRI n’a aucune autorité pour juger ces cas. Tout jugements qu’ils pourraient émettre sur ces affaires, jugements qu’ils appellent « jugements moraux », n’ont absolument aucune autorité morale ou légale.   

Puis Mgr Pivarunas poursuit avec une étrange déclaration :

« Le cœur du problème est que des prêtres et des évêques traditionnels de bonne réputation ont tenu la même position que la CMRI sur ces questions, et qu’il n’y a alors aucune raison pour un simple laïc et blogueur, M. Heiner, d’exhorter les fidèles catholiques à éviter ‘’la plus grande ordination catholique traditionnelle sédévacantiste du monde’’. »

Mis à part le fait que Mgr Pivarunas omette commodément l'adverbe « apparemment » qui était présent à dessein dans ma citation initiale, je demande : quels « prêtres et évêques traditionnels de bonne réputation », Monseigneur ? J’en ai rencontré beaucoup en mon temps, et aucun de ceux avec qui j’ai collaboré ne tenaient la « même position » que la CMRI sur presque tout excepté sur la célébration de la messe traditionnelle en latin et le fait que Jorge Begoglio ne soit pas le pape. Tous ceux qui ont autrefois tenu les « mêmes positions » les ont depuis publiquement rejetées. En effet, la congrégation la plus similaire à la CMRI sur ce point est la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, qui a aussi des évêques et des prêtres qui prononcent des « jugements moraux » via leurs propres tribunaux de mariages, et offrent des messes auxquels les fidèles de la CMRI assistent. 

Pour illustrer le fait que le contenu de mon article est soutenu, même anonymement, par des clercs catholiques traditionnels, voici un message que j’ai reçu de la part d’un de ces clercs après la publication du premier article.

« Merci pour avoir écrit cet article. Vous allez être critiqué, mais, comme vous le dites, les gens ont le droit de savoir la vérité sur la CMRI. Aussi, il est pénible pour ceux qui font du travail sérieux que les gens pensent que la CMRI, le RCI, l’IMBC, etc.. sont tous pareils. Nous ne sommes PAS pareils. » 

La CMRI tient des positions qui lui sont propres, et qui sont lamentables : permissivité laxiste concernant les messes una cum, et autorité auto-proclamée pour trancher des cas de nullités de mariage. C’était le sujet de mon premier article, et la lettre récente de Mgr confirme ces allégations.

De plus, Mgr conclut sa réponse en faisant référence à moi comme « un simple laïc ». Mais plus tôt dans la même réponse, il délègue la décision morale d’assister à la messe una cum à la « prudente discrétion des laïcs ». Suis-je un « simple laïc » ou suis-je quelqu’un qui a la compétence et l’habilité de décider moi-même, au lieu de consulter le clergé pour avoir une direction définitive, sur ces questions morales majeures ? Cette attitude troublante, contradictoire et non-catholique de « jouer sur les deux tableaux » se révèle à nouveau.

***

Il convient aussi de noter que la manière dont Mgr parle de la thèse de Cassiciacum n’est pas sérieuse (« François est un pape matériel, c’est-à-dire qu’il était suffisamment catholique pour être validement élu, mais pas assez catholique pour recevoir l’autorité ») mais étant donné que True Restoration n’a pas de position officielle sur la manière dont Notre-Seigneur restaurera finalement l’autorité dans l’Eglise, en effet nous travaillons à la fois avec des prêtres sédévacantistes complets (totalists) et des prêtres partisans de la thèse, nous nous contentons de noter que la présentation de Mgr Pivarunas apparaîtra comme évidemment erronée à quiconque regardera l’interview de Mgr Sanborn par Kevin Davis, ou la récente explication publiée en vidéo par Mgr Sanborn lui-même.  

Personne ne comprend vraiment quoi faire du paragraphe final de Mgr Pivarunas, dans lequel je suis accusé de violer le droit canon. Interrogé par un paroissien, un prêtre de la CMRI a répondu qu’il s’agissait « d’une tentative de faire de l’humour » de la part de Mgr. Voici ce paragraphe final :

« Je souhaiterais conclure cette réponse à M. Heiner en rappelant qu’il agit en violation du droit canon. L’Eglise a le droit d’interdire la publication de livres par les fidèles à moins qu’elle ne les ait auparavant examinés. La disposition des canons 1384 à 1405 inclus, concernant les livres, sont également applicables aux publications quotidiennes, périodiques, et autres écrits de quelque genre que ce soit (canon 1384). M. Heiner est dans l’obligation de déclarer publiquement quel évêque diocésain et quel censeur diocésain a approuvé ses écrits, ou il doit admettre qu’il agit en violation du droit canon. S’il avait respecté ces canons du code, il n’aurait pas commis les graves erreurs contenues sur son blog ! »

Lorsque vous avez besoin d’expliquer une blague, elle perd son caractère humoristique. De nombreuses personnes ont été troublées par ce paragraphe final.

S’il était sérieux dans son paragraphe final, Mgr Pivarunas devrait savoir qu’il tombe sous la même sentence que moi. Quel évêque diocésain et/ou censeur diocésain a approuvé ses écrits ? Est-ce que le Reign of Mary sera fermé bientôt ?

Dans un cas comme dans l’autre, ce n’est pas sérieux. Il s’agit soit d’une mauvaise blague, soit d’un mauvais argument.

La réponse de l’abbé Gabriel Lavery

J’ai récemment parlé avec un laïc actif sur twitter qui connaît l’abbé Gabriel Lavery, et qui s’est demandé si une personne malveillante n’avait pas usurpé l’identité de l’abbé Gabriel, lorsqu’il a vu la réponse de l’abbé à mon article sur twitter. Pour ceux qui ne sont pas présent sur twitter, voici certains des messages émis par ce compte.

Le Ciel est fermé à Heiner à moins qu’il ne publie une rétractation sur cette matière grave avant de mourir.

Je vous ai dit à de nombreuses reprises que ce que vous avez dit sur moi dans cet article est complètement faux. Le fait que vous ne le rétractiez pas montre à quel point vous êtes un homme mauvais. Vous ne comprenez absolument rien à la morale catholique.

Avant d’écrire ce que je m’apprête à écrire, je tiens à préciser que mon intention est seulement de fournir un commentaire objectif à propos des réponses de l’abbé Gabriel Lavery.

Je demande : est-ce qu’un lecteur ordinaire pourrait suspecter un seul instant, en tombant sur ces commentaires, qu’ils ont été prononcés par un prêtre de Jésus-Christ, en parlant d’un homme qu’il n’a jamais rencontré et avec qui il a refusé de parler ? Les principes fondamentaux de la théologie morale nous apprennent qu’il ne faut pas juger les intentions des personnes ou l’état de leur âme, encore moins se prononcer publiquement sur le fait qu’une personne soit en état de péché mortel (ce qui est sous-entendu par les mots « le Ciel est fermé à Heiner »).

Je serais inquiet de chercher des conseils spirituels auprès d’un prêtre qui s’engage publiquement dans de telles activités, car je douterais de l’exactitude du conseil que j’aurais reçu. Je mentionne seulement cela comme une autre inquiétude à ajouter aux nombreuses inquiétudes que j’ai déjà mentionné concernant la CMRI, cependant je reconnais qu’il ne s’agit que du comportement d’un seul prêtre associé au CMRI.

Ce même compte twitter a récemment publié ce message :

Après avoir écrit cette lettre respectueuse à un adversaire et étudié les arguments qu’il lui avait envoyés, Saint Alphonse a abandonné la position qu’il pensait auparavant bien fondée, et a ensuite souvent écrit contre sa position initiale. Si seulement cette volonté de comprendre les adversaires pouvait l’emporter.

J’ai pris au sérieux la véhémence de la dénégation de l’abbé Gabriel, et ait obtenu son numéro de téléphone via un prêtre qui est un ami commun. Je l’ai appelé sept fois sur quatre jours, à différents moments de la journée, en lui laissant des messages vocaux trois fois différentes, et assurant que le prêtre qui est notre ami commun pouvait se porter garant de ma réputation, que l’abbé Gabriel venait d’assassiner partout sur les réseaux sociaux. Je lui ai également donné mon numéro de téléphone US pour qu’il puisse m’y joindre, étant donné que je l’avais contacté depuis mon téléphone français.

L’abbé Gabriel a refusé de répondre.

J’ai également contacté la personne qui avait parlé avec l’abbé lors des funérailles de l’abbé Cekada, qui a eu une conversation avec l’abbé Gabriel en présence d’autres prêtres et laïcs. Cette personne a réaffirmé ce que j’ai allégué dans mon article et s’est même proposée de parler à l’abbé Gabriel directement. J’ai dit à l’abbé dans mes messages vocaux que je serais heureux de le mettre en contact avec le témoin afin qu’il puisse éventuellement se rendre compte (l’abbé Gabriel) qu’il avait oublié ce qu’il avait dit ou n’avait pas dit ; dans tous les cas, j’ai dit la vérité telle que je la connaissais et telle que je le connais encore.

L’abbé Gabriel a refusé de répondre.

Je laisse les autres tirer leurs propres conclusions concernant le comportement de l’abbé Gabriel sur les réseaux sociaux. Je ne rétracte pas ce que j’ai dit et effectivement, comme je l’ai dit sur les réseaux sociaux encore et encore, ces mêmes réponses de l’abbé confirment indirectement les allégations (au-delà de ce qu’il a dit à mon témoin, l’abbé déclare qu’il disait aux fidèles qu’il était « indécis », ce qui dans l’ordre pratique est une porte ouverte à la messe una cum pour les fidèles qui l’entendent, et il dit également que les cas de nullités de mariage sont en effet pris en charge par la CMRI, mais que cela n’était pas aussi « sensationnel » que la manière dont je l’avais présenté.)

Plus important encore, peut-être, l’abbé Gabriel n’a donné aucun motif convaincant expliquant pourquoi, après avoir écrit publiquement sous mon propre nom depuis 2006, j’aurais décidé, en 2022, de mentir délibérément à propos d’un prêtre que je n’ai jamais rencontré de toute ma vie. Je connais des dizaines de prêtres qui pourraient se porter personnellement garants de ma réputation et qui seraient choqués d’entendre que j’ai pu être accusé d’une telle chose. 

La réponse de l’abbé Dominic Radecki

L’abbé Dominic Radecki a donné un sermon la semaine suivant la publication du premier article, depuis la même chaire depuis laquelle je l’ai personnellement entendu dire, il y a des années de cela, que durant le Carême il serait convenable de « moins regarder la télévision » ou de « jouer moins aux jeux-vidéos ». L’abbé décrivait la position de la CMRI comme la position équilibrée, ce qui implique que tout le reste est « rigoriste », un terme que les prêtres et les fidèles de la CMRI ont parfois appliqué aux prêtres et aux fidèles qui adoptent une position sans compromis sur la question de l’una cum.

Il a débuté son sermon par une anecdote concernant le très-regretté Patrick Henry Omlor (d’ailleurs connu pour être un opposant véhément à l’assistance aux messes una cum), dans laquelle Omlor racontait à l’abbé qu’un « théologien laïc » avait échoué à répondre à la simple question « qu’est-ce qu’un sacrement ? » posée par Omlor ; il ne remarque pas l’ironie de cette anecdote par rapport au commentaire de Mgr Pivarunas, dans lequel l’évêque transforme tout le monde en « théologien laïc » en laissant à la « prudente discrétion des laïcs » la décision d’assister aux messes una cum.

L’abbé Dominic a également présenté de manière erronée ma position. Dans le sermon, au repère 6 :18 il dit que j’ai dit qu’il était un péché mortel d’assister aux messes una cum et que l’on doit refuser la communion à ceux qui le font, ce qui a poussé Mgr Daniel Dolan à répondre dans son bulletin à des appels téléphoniques provoqués par cette fausse déclaration grossière et imprécise. Je n’ai jamais dit une telle chose dans aucun de mes articles sur la CMRI, mais l’on pourrait encore se poser la question, au vu de cette insistance à dire qu’il ne s’agit « pas d’un péché mortel », s’agit-il alors d’un péché véniel ? Ou, plus important, est-ce que l’assistance à la messe una cum est objectivement agréable à Dieu, ou est-elle objectivement désagréable à Dieu ?

De plus, le pauvre abbé Martin Stepanich O.F.M. est à nouveau sorti de sa tombe pour soutenir l’assistance aux messes una cum, alors que tout ce qu’il a dit à ce sujet est qu’il n’avait pas l’autorité pour interdire à quiconque d’assister aux messes una cum.

La citation de l’abbé Martin dans la réponse de Mgr Pivarunas est la suivante :

« Si nous essayons d’utiliser les paroles des papes et des théologiens d’avant Vatican II, come déjà cités précédemment, pour leur faire dire que l’assistance à la messe una cum Benedicto est toujours absolument interdite en toutes circonstances, c’est plutôt nous qui sommes en train d’émettre cette sorte d’interdiction, pas les papes et les théologiens d’avant Vatican II. Essayez de trouver n’importe quoi chez les papes et les théologiens qui interdit totalement et absolument l’assistance aux messes una cum Benedicto par des catholiques traditionnels sédévacantistes. Vous ne le trouverez pas. » (souligné par Mgr Pivarunas)

Il faut noter que ce n’est pas parce qu’une chose n’est « pas interdite », chose sur laquelle l’abbé Stepanich insiste sans cesse dans son article initial, qu’elle doit « être encouragée ». La CMRI aime à mettre l’accent sur les honorables qualifications théologiques de l’abbé Martin, mais ces qualifications ne comptent pas pour moi en ce qui concerne la pratique pour ceux d’entre nous qui sommes encore en vie dans cette terrible période. Beaucoup de prêtres plus instruits que l’abbé Martin ont accepté les changements du Concile. Exhiber des qualifications n’est pas une preuve et certainement pas un argument.

Aussi, l’abbé Dominic passe complètement à côté du sujet en parlant des « excommunications », sujet que je n’ai jamais évoqué. Evidemment l’Eglise vous permets, en cas de grave nécessité, de recevoir les sacrements de la part de prêtres excommuniés. Mais remplir le devoir d’assistance dominicale est très loin de constituer une « grave nécessité ».

De plus, le canon cité par l’abbé Dominic ne dit absolument rien à propos de la participation active à la messe. La communion des fidèles est un rite qui est inséré dans la messe, pas quelque chose qui est cité dans les rubriques ou requis pour la licéité du rite. C’est une chose de « recevoir les sacrements » en cas de « grave nécessité » de la part d’un prêtre excommunié. Ici l’Eglise envisage clairement le mariage et le Baptême plutôt que l’assistance habituelle à la messe.

Une autre tactique lamentable est de dire « pourquoi aucun prêtre dans les années 1960 et 1970 n’a pas parlé de ce problème », part important de « l’argument » de l’abbé Dominic. Ce n’est pas un argument.

Comme je l’ai déjà dit dans mes précédents articles, des prêtres ont publiquement changé d’avis sur ce problème. Attribuer aux prêtres des années 1960 et 1970 une sorte d’aura sacrée, c’est faire la même erreur que la FSSPX lorsqu’ils cherchent la vérité en disant « qu’aurait fait Mgr Lefebvre ». Le clergé des années 1960 ou 1970 n’était pas infaillible. Mais cette technique, que nous voyions plus haut chez Mgr Pivarunas en appelant à Mgr McKenna pour justifier les « jugements moraux » de la CMRI, est à présent une partie attendue (et ennuyeuse) de leur « argumentation ».

Enfin, l’abbé Dominic cite le canon 2261 comme une justification pour l’assistance à la messe una cum, comme si l’assistance à une simple messe dominicale était une « juste cause ». Je me réfère encore une fois au langage de Pie VI à propos des clercs ayant prêté le serment à la constitution civile, qui disaient tous des messes valides : le Saint Père n’a pas dit aux gens que « ce n’était pas un péché mortel » d’assister à une messe valide en ces temps troublés. En effet, le pape Pie VI a dit que les hosties consacrées par des prêtres jureurs devaient être laissées telles qu’elles jusqu’à la décomposition, ne devaient pas être distribuées aux fidèles, étant donné qu’aucun chrétien ne devrait s’associer à ces hosties confectionnées en opposition à Dieu et à son Eglise.

Afin de développer un peu ce point, voici une citation de l’instruction Laudabilem majorum, datée du 26 septembre 1791, et adressée aux évêques français par le même Saint Père :

« Sa Sainteté a déclaré qu’il n’était pas permis de recevoir le Baptême de la part du clergé intrus, excepté en cas d’extrême nécessité et si personne d’autre ne peut être trouvé pour donner le Baptême ; le sacrement devrait être donné par le clergé légitime ou par d’autres munis de sa permission. 

Car, étant donné que le pasteur intrus est certainement schismatique, et que son schisme est évident, il s’ensuit que l’action d’un catholique qui s’adresse au clerc intrus pour l’administration du Baptême est, à tout point de vue, vicieux, mauvais, et interdit ; en effet, cela serait communiquer avec les schismatiques dans des choses divines, avec la méchanceté même du schisme qui est par sa nature un mal, et donc interdit par la loi naturelle ainsi que par la loi divine … qu’est-ce que le catholique fait d’autre lorsqu’il reçoit le Baptême d’un prêtre intrus, sinon commettre avec lui le crime du schisme, puisque l’un en administrant et l’autre en recevant le Baptême consomment une offense préméditée, qu’aucun des deux n’aurait pu commettre sans le concours de l’autre. Ainsi lorsqu’un catholique coopère dans le schisme par sa conduite, il est impossible pour lui de ne pas consentir par le fait même au péché de schisme, et de ne pas reconnaître et traiter l’intrus comme un prêtre légitime ».

***

J’ai l’intention que ceci soit le dernier article concernant ce problème, car je considère que ces articles ont permis la publication de suffisamment d’informations, de la part de moi comme de la part de la CMRI, à propos de ces problèmes importants dont il convient que les gens soient correctement informés. Leurs décisions, basées sur l’information disponible, est entre eux et Dieu.

Je souhaiterais faire remarquer qu’il n’y aucun avantage social ou matériel à retirer pour avoir écrit ce que j’ai écrit. Le groupe propriétaire de True Restoration a anticipé que la réponse que nous obtiendront du grand public et même de quelques-uns de nos propres membres auraient un impact négatif sur les finances de True Restoration.

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Image: Triumph of St Hermengild - Francisco Herrera the Younger, Public domain, via Wikimedia Commons

Stephen Heiner

Stephen lives in Moret-sur-Loing, France. He founded True Restoration in 2006.